Le piton de la Fournaise, qui culmine à 2 632 mètres d'altitude1, est le volcan actif de l'île de La Réunion. Il correspond au sommet et au flanc oriental du massif du Piton de la Fournaise, un volcan
bouclier qui constitue 40 % de l'île dans sa partie sud-est.
Le piton de la Fournaise compte parmi les volcans les plus actifs de la planète : par la fréquence des nouvelles éruptions (en moyenne une tous les neuf mois au cours des dix dernières années3),
il tient probablement le premier rang mondial4 ; par le volume moyen émis de lave (estimé à 0,32 m3 s−1), il est environ dix fois moins productif que le Kīlauea, mais comparable à l'Etna5. Depuis
l'installation en 1979 de l'observatoire volcanologique, le piton de la Fournaise est l'un des volcans les plus surveillés. L'accès est relativement aisé, notamment par la route forestière du Volcan ou
par la route des Laves, ce qui permet parfois au public d'assister au spectacle des projections et des coulées de lave.
Le piton de la Fournaise est constitué d'un large dômeNotes 1 situé au milieu d'une grande zone d'affaissement appelée l'Enclos.
L'Enclos forme un grand « U », d'environ treize kilomètres de longueur sur neuf kilomètres de largeur, ouvert à l'est sur l'océan Indien. À terre, il est entièrement ceinturé de falaises, appelées
remparts, qui le surplombent d'une hauteur de 100 à 400 mètres. Le profil en long de l'Enclos est celui d'un toboggan. La partie haute, dite « l'enclos Fouqué » (au sens strict), est une zone assez
plate comprise entre 2 200 et 2 000 mètres d'altitude. La partie médiane, qui présente une très forte déclivité jusque vers 450 mètres au-dessus du niveau de la mer, porte bien son nom de Grandes
Pentes. Quant à la partie basse, dénommée Grand Brûlé, elle s'étale plus doucement jusqu'au rivage.
Le cône du piton de la Fournaise, d'un diamètre d'environ 3 km, surmonte l'enclos Fouqué jusqu'à l'altitude actuelle de 2 632 mètres. Le bord oriental du cône se situe à la limite des Grandes
Pentes. La partie sommitale présente deux cratères :
le cratère Bory, situé à l’ouest, est le plus petit avec 350 mètres de longueur et 200 mètres de largeur. Déjà présent au début de la colonisation de l’île, il est nommé lors même de l'expédition
menée en 1801 par Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent, naturaliste et géographe français qui fut le premier à décrire scientifiquement le piton de la Fournaise et à réaliser la première carte des
coulées de ce volcan en 1802 ;
le cratère Dolomieu, situé à l’est, est le plus grand cratère avec 1 000 mètres de longueur et 700 mètres de largeur. Il ne serait apparu qu'en 1791 à la suite de l’effondrement d’une chambre
magmatique sommitale. Il est ainsi nommé par Bory en hommage à Déodat Gratet de Dolomieu (1750-1801), géologue et minéralogiste français spécialiste du basalte. À la suite de la vidange de
la chambre magmatique à la fin de l'éruption de début avril 2007, la quasi-totalité du fond du cratère s'est effondré le 7 avril pour atteindre une profondeur de 300 mètres par rapport aux bords du
cratère7.
Deux singularités notables se distinguent dans la partie nord de l'Enclos :
une zone de suraffaissement d'environ 2,5 km de diamètre, la Plaine des Osmondes ;
un pointement rocheux isolé s'élevant à 1 368 m, le piton de Crac, vestige d'un relief antérieur à la formation de l'Enclos.
La partie active du piton de la Fournaise s'étend cependant au-delà des limites de l'Enclos. En effet la zone préférentielle d'écartement (ou rift-zone) où se produisent les fractures éruptives, forme
un croissant plus évasé que le « U » de l'Enclos. Cette bande de fragilité qui passe par le sommet rejoint l'océan dans les régions de Saint-Philippe au sud et de Sainte-Rose au nord, où peuvent
se produire occasionnellement des éruptions dites « hors-Enclos ».
La fréquence des éruptions et l'abondance des coulées renouvellent sans cesse la configuration du piton de la Fournaise et de ses pentes et maintiennent les paysages dans une dominante
minérale. Cependant, dès que les laves sont complètement refroidies, des processus de colonisation végétale peuvent se mettre en œuvre.
Les lichens sont généralement les premiers à s'installer, suivis par des fougères puis par une végétation arbustive ou arborée. Le phénomène est peu sensible en altitude où les conditions
climatiques sont rudes et où les buissons restent très clairsemés, mais en partie basse la forêt reprend en quelques dizaines d'années possession du terrain. Dans cette dynamique d'installation,
les espèces pionnières indigènes comme les bois de rempart se font aujourd'hui le plus souvent supplanter par des espèces exotiques envahissantes comme les filaos, les goyaviers de Chine ou
les bois chapelet.
L'Enclos est une zone complètement inhabitée et non cultivée (hormis quelques plantations de vanille en sous-bois dans la partie basse). La route nationale 2, qui traverse la partie basse du Grand
Brulé constitue le seul équipement présent ; elle est surnommée à cet endroit la « route des Laves ». Le site de pèlerinage de la « Vierge au parasol » qui se trouvait également dans l'Enclos a été
recouvert par une coulée en 2005 et la statue a été déplacée jusqu'au village de Piton-Sainte-Rose.
En revanche, les zones actives adjacentes sont occupées par les villages de Bois-Blanc et de Piton Sainte-Rose sur la commune de Sainte-Rose, du Tremblet et de Takamaka sur la commune de
Saint-Philippe. Le paysage y est très forestier, mais s'ouvre aussi sur des champs de canne à sucre et des plantations de palmistes.
Le piton de la Fournaise forme la partie actuellement active d'un volcan bouclier plus large : le massif du Piton de la Fournaise dont les roches les plus anciennes connues ont été formées il y a
environ 530 000 ans8. Ce massif constitue avec le massif du Piton des Neiges, d'âge plus ancien, l'île de La Réunion telle qu'on la voit de nos jours.
Le piton de la Fournaise, comme on le connaît aujourd'hui, date d'environ 4 700 ans. Cet âge correspond à l'effondrement majeur qui a donné naissance à l'enclos Fouqué en s'accompagnant
d'explosions cataclysmiques9.
Les traces de ces explosions prennent la forme de dépôts dits des cendres de Bellecombe visibles dans un rayon de dix kilomètres. Le contour de l'effondrement reste très clairement visible dans
le paysage, formant une falaise continue de 150 à 200 mètres de dénivelé. Les éruptions qui ont ensuite suivi régulièrement ont reconstitué au centre de la zone d'affaissement le cône central du
piton de la Fournaise.
La plupart des éruptions se produisent dans l'Enclos ou dans les cratères sommitaux de manière effusive. Elles débutent par l'apparition d'une ligne de fissures longue de quelques centaines de
mètres (parfois de plusieurs kilomètres) d'où les laves jaillissent en rideau. Puis au bout de quelques minutes à plusieurs heures, l'éruption se concentre en un seul ou en quelques points. À ces
points de sortie, les laves sont propulsées de manière plus ou moins saccadée au rythme des coups de pression. Une partie de la lave libérée peut rester fluide et se répandre ; elle dévale les
pentes sous forme de coulées de surface ou à l'intérieur de tunnels de lave. Une autre partie des laves libérées peut être projetée violemment à plusieurs dizaines de mètres en hauteur. Au cours
de la projection, la lave se fige au contact de l'air et en retombant s'accumule au sol. Cela provoque l'édification de cônes de projections appelés localement pitons. Une même éruption peut
connaître plusieurs phases successives avec apparition de nouvelles fissures et de nouveaux points de sortie.
Ce type d'éruption effusive survient en moyenne plus d'une fois par an (bien que parfois le piton de la Fournaise soit demeuré assoupi pendant plusieurs années consécutives) et ne présente pas
de danger pour les populations. Les seuls risques à distance sont liés à l'émission éventuelle de cheveux de Pélé ou à une pollution atmosphérique par accumulation de gaz soufrés. Chaque
érupti